La mondialisation des échanges

  La mondialisation des échanges

(par le Professeur Darius ENGUENGH)

 

Introduction:

Les échanges internationaux de marchandises ont aujourd’hui une dimension jamais atteinte et s’universalisent ; un nombre toujours plus grand de pays vend une part croissante de sa production agricole ou industrielle. Le commerce international rend ainsi toutes les économies nationales interdépendantes : il fonde l’économie mondiale.

Comment expliquer cette mondialisation des échanges ? Y a-t-il égalité des partenaires dans l’interdépendance ?

 

I. Les facteurs de la mondialisation des échanges

Plusieurs facteurs sont à la base de la mondialisation des échanges.

I.1. La révolution dans les communications

La révolution des transports est à la fois facteur et conséquence du développement du commerce mondial. Celui-ci s’est développé grâce aux transports mais il a poussé, en contre partie, aux progrès techniques des moyens de communication. Entre échanges et transports, il y a des rapports d’intercausalité. Des progrès décisifs ont concerné la vitesse, la spécialisation des moyens de transport, l’augmentation de la capacité poussée jusqu’au gigantisme. La télématique, les télécommunications ont réalisé les progrès les plus spectaculaires. Il en résulte des gains énormes de productivité.

Ainsi, la révolution dans les communications se traduit par la réduction virtuelle des distances géographiques, la baisse des coûts de transport et, partant, la circulation fluide des marchandises, des capitaux, des informations, des Hommes…

I.1. La libération des échanges

La croissance du commerce mondial résulte d’abord de l’expansion des formes de production et des besoins des consommateurs. Cette expansion a été possible à la suite de la libéralisation des échanges. Conclu en 1947, le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), un accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, a pour objectifs la réduction progressive des barrières douanières et l’élimination des restrictions aux échanges. Il rassemble 96 Etats réalisant 90% du commerce mondial.

Organisme international plus vaste encore, la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement), créée en 1964, réunit l’ensemble des pays de l’ONU. Son action vise à promouvoir le développement en orientant le commerce international d’une façon favorable aux PVD, pour leur permettre de mettre en œuvre une croissance cohérente.

I.2. Des cadres régionaux pour les échanges

Bien d’organisations ont été mises en place afin de créer des espaces économiques régionaux plus ou moins vastes. Ces derniers sont constitués par des pays voisins qui s’engagent à abaisser les barrières douanières commerciales entre eux. Les principaux accords concernent les pays industrialisés (U.E, ALENA par exemple). Par contre, dans les pays du Sud, de nombreux accords ont vu le jour mais ils sont peu appliqués.

 I.3. Les multinationales, acteurs du grand commerce mondial

Les multinationales sont la clé de voûte de l’économie mondiale. Leurs stratégies sont pensées à l’échelle mondiale. A la recherche de conditions optimales de production (prix de revient les plus faibles) et de marchés plus étendus, elles s’étendent à travers le monde. Les FMN créent, suppriment ou déplacent leurs établissements en se jouant des frontières politiques.

I.4. Le rôle international du dollar et de l’anglais

Depuis les accords de Bretton Woods (1944), le dollar est devenu la monnaie de référence du commerce international. Les transactions commerciales, les mouvements de capitaux à travers le monde sont essentiellement exprimés en dollar.

Devenue la langue du commerce, des sciences, l’anglais participe à une certaine uniformisation du monde.

 II. Les acteurs et les centres d’impulsion de la mondialisation

Il existe deux types d’acteurs de la mondialisation : les acteurs institutionnels (publics) et les acteurs privés.

 II.1. Les acteurs publics

 • L’OMC (Organisation mondiale du commerce): Née en 1995, elle favorise la libéralisation poussée des échanges de marchandises comme de services (capitaux, information…) et règle les conflits commerciaux.

• L’ONU (Organisation des nations unies) : Elle est de plus en plus sollicitée pour gérer des problèmes liés aux échanges et qui prennent désormais une importance planétaire (trafic de drogue, croissance démographique, atteinte à l’environnement…)

• Les Etats : En adaptant leur législation au contexte et/ou norme internationale, en intégrant les ensembles régionaux, les Etats créent des conditions pour l’intensification des échanges.

II.1. Les acteurs privés

• Les FMN : Dans leur recherche de matières premières, de marchés, de main-d’œuvre bon marché, d’avantages fiscaux… les FMN contribuent à la mondialisation par l’uniformisation des productions.

• Les agences internationales de presse (Reuters, Dow Jones, Agence France presse…) proposent des informations financières, économiques, politiques à des banques, des marchés de change, etc.

II.3. Les centres d’impulsion de la mondialisation

La mondialisation procède de la volonté manifestée par les pays développés d’accroître leurs échanges internationaux. La Triade est le principal centre d’impulsion de la mondialisation. En effet, Les Etats-Unis, l’Union européenne, et le Japon animent non seulement le commerce mondial, mais également l’ensemble des échanges mondiaux. Ils fournissent environ 75% du PNB mondial, regroupent 85 des 100 FMN, représente près de 90% des échanges mondiaux …

D’autres espaces situés dans des zones côtières et à proximité d’un des pôles de la triade sont intégrés au mondial. C’est le cas de l’Amérique latine, des NPIA (Nouveaux pays industrialisés d’Asie), de l’Australie.

III. Les effets de la mondialisation

La mondialisation a des conséquences diverses.

III.1. Des échanges multiples dans le cadre de la mondialisation

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les échanges internationaux se sont intensifiés et sont de plus en plus variés.

• La circulation des biens: Le commerce international est devenu le moteur de l’activité économique globale. Les exportations mondiales ont ainsi doublé entre 1970 et 2000, passant de 17% à 21% du PIB mondial.

Le commerce des produits manufacturés domine les échanges internationaux et représente près des trois quarts des exportations mondiales. Les ventes de machines et de matériel de transport sont les secteurs qui ont le plus progressé, doublant entre 1960 et 2000 et correspondent de nos jours à près de 40% des exportations dans le monde.

Si les échanges Nord/Sud portent sur des produits alimentaires, des biens de consommation industrielle, des services, des capitaux, les échanges Sud/Nord portent quant à eux sur les matières premières.

• La circulation des personnes: L’essor actuel des moyens de communication favorise la circulation des personnes. Ces personnes se déplacent généralement pour des mobiles économiques, politiques (réfugiés), touristiques (nous y reviendrons).

Les migrations contemporaines sont plus complexes que dans le passé du fait de la multiplication des destinations. 75% des émigrants proviennent des pays du Sud. Les pays riches attirent la majorité des migrants : outre les Etats-Unis, premier pôle mondial, et l’Europe occidentale, l’Australie, le Canada sont plus attractifs, sans oublier le Japon.

III.2. Le village planétaire

La mondialisation a donné naissance au village planétaire. Echanges et déplacements sont aujourd’hui faciles entre continents qu’il était autrefois entre populations d’un même village ou d’une même région. D’où la naissance et l’expansion d’une culture mondiale fondée sur les valeurs de la modernité occidentale

La création du village planétaire est responsable de l’interdépendance économique et financière entre les Etats contraints d’adopter une stratégie mondiale dans leur politique économique et sociale. Cela les rend plus vulnérables aux crises économiques et financières (cf. crise financière en Asie dans les années 1990). Une mauvaise récolte de café en Côte-d’Ivoire va provoquer une flambée des prix de café et ses dérivés à travers le monde. Le monde devient une toile d’araignée géante dont on ne saurait toucher une fibre sans faire vibrer l’ensemble.

 III.3. Mondialisation et développement

Depuis près de 25 ans, la richesse mondiale a été multipliée par 3. Mais là où le PIB des grands pays industrialisés faisait plus que tripler, celui des pays à revenus moyens ne progressait que de 2,2 fois et celui des pays les plus pauvres, 1,3 fois. La mondialisation s’accompagne ainsi d’une monté des inégalités. Si tous les pays sont concernés par la mondialisation, tous n’ont pas atteint le même niveau de développement. Une partie importante de l’humanité n’en partage pas les fruits : 1% des plus riches de la planète possèdent autant que les 57% les plus pauvres.

 Avec la mondialisation, les pays du Sud se trouvent confrontés à une quadruple dépendance vis-à-vis des pays du Nord : commerciale, financière, technique et culturelle. Leur développement passe par une redéfinition des rapports Nord-Sud, par une aide publique conséquente qui leur permette d’acquérir les technologies nouvelles nécessaires au décollage industriel. C’est ce qui explique que les PVD ne réalisent que le 1/5 du commerce mondial.

IV. Une mondialisation des échanges imparfaite

Si la mondialisation doit se traduire, selon certains, par la mise en place d’un marché unique de production et d’échanges, elle est loin d’être réalisée : entraves et dérives persistent.

IV.1. Les limites de la mondialisation des échanges

• La tripolisation (polarisation) mondiale des échanges s’accompagne d’une marginalisation des périphéries, en particulier les PMA (pays les moins avancés). Les régions marginales du commerce international restent très dépendantes des pôles majeurs. Alors qu’au cours des années 1970 des pays en développement semblaient sur la voie de la croissance, les reculs économiques des années 1980 et 1990 ont montré que ces espaces étaient loin de progresser suffisamment pour jouer un véritable rôle dans le commerce mondial. L’exception est l’Asie de l’Est et du Sud, qui assure de nos jours près de 80% des exportations des produits manufacturés des PED.

• Des espaces moins ouverts : Les centres d’impulsion de la mondialisation des échanges sont moins ouverts qu’il n’y paraît. Ainsi l’Union européenne qui pèse du poids le plus lourd sur le commerce mondial privilégie son propre espace géographique en réalisant près de 75% de ses exportations par le biais des échanges intra-communautaires. En Asie, les échanges sont essentiellement concentrés sur la façade pacifique qui donne lieu à un commerce intra-régional (autour du Japon) important soutenu par le développement d’accords préférentiels entre les Etats de la région. L’Amérique du nord, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud constituent la « chasse gardée » des Etats-Unis.

Le processus de mondialisation est ainsi mis à mal par la constitution d’espaces régionaux (et leurs accords préférentiels) ainsi que le regain des politiques protectionnistes plus ou moins déguisées. C’est le cas de l’agriculture aux Etats-Unis et en France ; la cinématographie en France et les produits industriels au Japon. Le traité du GATT n’interdit pas la création de ces zones régionales de libre-échange ; simplement son article 24 prévoit que celles-ci ne doivent pas se constituer en "forteresses" à l’encontre du reste du monde. Or la contribution de ces nombreux blocs régionaux à l’organisation des échanges internationaux est contestée. Il existe un risque fort de création d’ensembles homogènes, engagés dans les négociations de bloc à bloc et abandonnant la référence au multilatéralisme : les flux commerciaux avec l’extérieur de la zone sont remplacés par des échanges intra-zone. De ce point de vue, les blocs régionaux iraient à l’encontre de la mondialisation des échanges, en conduisant à un repli des différents groupes de pays sur eux-mêmes.

• La pratique récurrente du dumping (pratique commerciale visant à vendre à perte sur les marchés extérieurs afin de triompher e la concurrence) est un obstacle au développement du libre échange et du commerce international.

IV.2. Des territoires en marge de la mondialisation : cas de l’Afrique

Les régions du monde ne participent pas à la mondialisation de la même manière. En effet, les pays du Sud connaissent surtout de la mondialisation l’endettement et la dépendance. Les espaces en marge de la mondialisation correspondent à des zones économiquement enclavés, de faible potentiel et centrés sur des marchés peu porteurs. Nombre de ces Etats ont peu de ressources quand ils n’ont pas de difficultés à mettre celles-ci. C’est le cas de l’Afrique, continent le moins intégré à la mondialisation. La place qui lui été dévolue dans la mondialisation est double : exporter vers le Nord quelques matières premières (cacao, caoutchouc, pétrole, minerais, coton, etc.) et importer du Nord les technologies, les produits manufacturés et une partie des céréales de base (…). Conséquence logique de cette réalité, la balance commerciale africaine connaît un déficit croissant."

Dans la mondialisation, l’Afrique est particulièrement exclue. Elle demeure pour l’essentiel, spectatrice, au-delà de l’économie globale. Le Nord développé semble avoir de moins en moins besoin de ses produits ; et, elle, de son côté, ne dispose pas de moyens pour acheter les biens ou les services du Nord. Même si la main d’œuvre y est bon marché, rares sont les industries – pourtant friandes de profitables délocalisations – qui viennent s’ y installer, redoutant de n’y trouver ni les indispensables infrastructures de télécommunications et de transports ni la stabilité politique et sociale. Ce que les pays africains ne peuvent effectivement pas garantir. C’est pourquoi l’Afrique représente moins de 3% du commerce mondial. En raison de ces carences, les coûts de fonctionnement des entreprises en Afrique sont au moins supérieurs de 50% à ceux d’Asie, où les profits sont neuf fois plus importants. Ainsi, les investissements directs sont pratiquement taris. Alors que les investissements étrangers dans le monde étaient d’environ 400 milliards de dollars en 2009, seulement près de 5 milliards sont allés vers l’Afrique contre près de 100 milliards vers certains NPIA (Chine, Corée du Sud, Singapour et Malaisie). Cette marginalisation économique de l’Afrique va de pair avec les désintégrations sociales, la montée de la violence et la prolifération des conflits armées.

 

Conclusion :

 Au total, il apparaît que les progrès spectaculaires des transports depuis la fin des années 1950, les révolutions actuelles de l’informatique et des télécommunications ont permis de construire un nouveau monde économique.

Entièrement ouvert à l’économie de marché, ce nouvel environnement économique est caractérisé par la multiplication des flux de produits, de technologie, de services, de capitaux, de main d’œuvre.

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