Les Etats-Unis, une superpuissance économique mondiale

Les Etats-Unis, une superpuissance économique mondiale

 (par le Professeur Darius ENGUENGH)

 

Introduction générale:

Les Etats-Unis sont, depuis le début du 20ème siècle, l’Etat le plus puissant du monde. Après la Seconde Guerre mondiale, supplantant l’Europe, ils étendent rapidement leur influence sur une grande partie de la planète. Depuis l’effondrement du bloc communiste au début des années 1990, le rayonnement international des Etats-Unis s’est transformé en suprématie mondiale : les termes de superpuissance ou d’hyperpuissance sont désormais utilisés pour qualifier les Etats-Unis dans le concert des nations.

- Comment se mesure cette superpuissance ?

- En quoi les Etats-Unis sont-ils au cœur du processus de mondialisation ?

- Quelles sont les limites et les fragilités de la superpuissance ?

 

I. Le milieu physique étasunien : atouts, contraintes et maîtrise de l’espace

Avec 9,6 millions de km2, troisième superficie du monde (après la Russie, le Canada et quasiment à égalité avec la Chine), les Etats-Unis disposent d’un territoire immense et riche. En effet, les richesses de cet Etat-continent sont considérables (terres arables, réserves d’énergie et de minéraux de toute nature). En dépit des contraintes naturelles, ces richesses furent rapidement accaparées, parfois sans précaution. Aucun autre pays de cette envergure n’a réussi à maîtriser un aussi vaste espace national et mis en valeur de manière aussi poussée un énorme potentiel agricole, énergétique et minier, notamment grâce à un exceptionnel réseau de moyens de transports.

1. Les atouts du milieu physique

- l’immensité du territoire, source de richesses : les Etats-Unis et s’articulent autour de trois grands ensembles de reliefs. A l’Est, les Appalaches recèlent un fort potentiel énergétique (charbon, hydroélectricité, pétrole – 2,1 % des réserves mondiales -, gaz naturel, houille – 25,1 % des réserves mondiales) ; au centre, les grandes plaines, drainées par le Mississipi et ses affluents, constituent la plus riche région agricole des Etats-Unis ; à l’Ouest, les hautes terres recèlent une large gamme de minerais (fer, cuivre, etc.) et de ressources énergétiques (pétrole, gaz naturel) et un potentiel touristique remarquable (Parcs du Grand Canyon ou de Yosemite).

- Diversité climatique (près de huit variétés de climat) et fertilité des sols : cette diversité, liée à la bonne qualité des sols (46 % en SAU), permet aux Etats-Unis de produire une large palette de cultures : céréales et soja des Grandes plaines ; tabac, coton, canne à sucre ou agrumes des marges tropicales depuis les

littoraux de la Floride jusqu’au Texas ; vignobles et fruits des régions de climat méditerranéen en Californie…

- Façade maritime et important réseau hydrographique : les Etats-Unis s’ouvrent largement sur le monde par deux façades maritimes (l’Atlantique et le Pacifique), soit 20 000 km de côtes. Le Mississipi et ses affluents aménagés, interconnectés aux Grands Lacs, favorisent le transport domestique et fait de la Nouvelle-Orléans le débouché portuaire des Grandes plaines. Cet important réseau hydrographique permet par ailleurs la production de l’hydroélectricité.

2. Les contraintes du milieu physique

- la violence de la nature : le milieu physique est souvent exposé à des risques naturels : à l’Ouest, sismique et volcanique ; dans les Grandes Plaines, tornades, inondations catastrophiques du Mississipi, érosion éolienne ou torrentielle ; dans le Sud-Est, les hurricanes (cyclone tropical).

- Dégradation de l’environnement :la surexploitation des ressources, le gaspillage, des aménagements imprudents aggravent les risques naturels et les pollutions. Ainsi, les régions urbaines (Mégalopolis : Chicago, New York, Cleveland, Philadelphie…) et les cours d’eau tels le Mississipi, l’Alabama, l’Ohio sont extrêmement pollués. Le degré de pollution du Nord-Ouest des Etats-Unis est tel qu’on y enregistre même des pluies acides (les Etats-Unis sont responsables du ¼ des émissions de gaz à effet de serre de la planète). Près de 10 % du territoire étasunien sont touchés par l’érosion des sols (ce qui fragilise, à la longue, l’agriculture).

- Les hautes montagnes de l’Ouest et l’aridité freine et/ou rend coûteux la mise en valeur de l’Ouest du 100e méridien. En effet, l’aridité est telle dans cette partie du territoire qu’il faut aménager une importante irrigation agricole, coûteuse et écologiquement critiquable.

3. Une maîtrise quasi globale du territoire

Les Etats-Unis constituent l’exemple d’un territoire complètement maîtrisé. En effet, le territoire est essaimé d’un réseau dense de transport, surtout à l’Est et lâche à l’Ouest (du fait des hautes terres, les montagnes rocheuses). Ce réseau permet de maîtriser le territoire, condition essentielle à la puissance économique des Etats-Unis. 4/5 des déplacements passent par la voie terrestre (6 millions de km, 80 millions de km d’autoroutes), dans une moindre mesure la voie aérienne (en ce qui concerne les passagers ; ils ont six des plus grands aéroports mondiaux). Quant aux marchandises, elles se partagent tous les moyens d’affrètement : rail sur de longues distances ; les voies d’eau comme le Mississipi et les grands lacs participent aussi à l’acheminement des produits surtout miniers. Ce dispositif est complété par le réseau des oléoducs et gazoducs. Le transport de l’information par les satellites, les lignes téléphoniques est les plus efficace au monde.

Conclusion partielle : L’immensité du territoire offre des variétés naturelles qui déterminent la puissance économique des Etats-Unis. Mais le pays reste parfois fragile aux multiples intempéries dans certaines régions. La capacité des pionniers à contourner les divers obstacles a permis une maîtrise du territoire grâce à un réseau de communication très dense et performant.

 

II. La population des Etats-Unis

Elle est avec 305 000 000 d'habitants, la 3° du monde (Chine, Inde). Très inégalement repartie sur le territoire et très mobile, elle connaît des vagues successives d'immigration qui posent le problème de l'intégration, en particulier dans d'immenses métropoles.

1. Une population inégalement répartie

Le territoire des Etats-Unis est, en moyenne peu peuplées (32 habitants / km²) mais les contrastes de densités sont très importants.

• La moitié de la population est concentrée à l'Est du Mississipi et particulièrement dans la région des Grands Lacs et dans la Mégalopolis.

• A l'Ouest du 100° méridien, les densités sont très faibles (- de 10 habitants au km²) sauf le littoral pacifique.

Ces inégalités résultent pour une part des contraintes naturelles et / mais sont aussi liées à l'histoire du peuplement.

2. Une population très mobile

La population américaine est très mobile : les migrations intérieures sont importantes et modifient la géographie du peuplement.

La marche vers l'Ouest continue, accélérée par la seconde guerre mondiale qui a multiplier les emplois dans les industries de pointe, notamment sur la Côte pacifique.

Elle se double aujourd'hui d'une « marche vers le soleil » qui attire les migrants vers le Sud.

Ainsi, les Etats de l'Ouest et du Sud ont les taux de croissance les plus élevés. La Californie, le Texas et la Floride attirent à eux seuls le quart de la population du pays.

Inversement, le Nord-Est enregistre un fort déficit migratoire qui touche surtout les cadres et les retraités qui préfèrent travailler et vivre dans la « ceinture du soleil » (la Sun Belt)

3. Une croissance liée à l'immigration

Comme dans tous les pays développés, mais moins fortement qu'en Europe, la croissance de la population ralentit en raison de la baisse de la natalité.

La population américaine vieillit du fait de l'allongement de l'espérance de vie.

La population a été multipliée par 100 en 230 ans :

1776 : 3 000 000 d'habitants.

2010 : 305 000 000 d'habitants.

Dès l'origine du pays, l'immigration a été massive, en particulier de 1850 à 1914.

Après un ralentissement dans l'entre deux guerres (car crise) et à la période du « baby-boom », l'immigration est redevenue très importante depuis 1975. Les Etats-Unis sont redevenus le 1er pays d'immigration (60% des migrants légaux sont accueillis aux Etats-Unis). En outre, il y a une immigration clandestine, en particulier de latinos américains (= latinos, hispaniques, « wet backs »).

4. Une immigration imparfaite : « Melting Pot » ou « Développement Séparé »

Les Américains, quelle que soit leur appartenance ethnique partagent en général des valeurs communes (langue anglaise, sentiment national (patriotisme) esprit de libre entreprise, …) et bénéficient tous d'une égalité des droits.

Mais ce rêve de « Melting Pot » est aujourd'hui remis en cause par l'accentuation des disparités et de la ségrégation raciale et sociale.

Dans les villes, chaque communauté tend à se replier dans son ghetto (noirs,…) et à revendiquer sa différence.

 

III. La première puissance économique du monde

En tant que superpuissance, les Etats-Unis règnent sur un espace économique qui dépasse très largement le cadre de leur territoire. L’énergie et les minerais, l’agriculture et les industries montrent qu’entre les territoires intérieur et extérieur, les interdépendances sont fortes.

Faute de se renouveler suffisamment, alors que des concurrents redoutables apparaissent, les Etats-Unis connurent des difficultés dans les années 1970 et 1980. Mais une réaction importante leur permet de maintenir leurs prérogatives en même temps qu’elle modifie l’équilibre de l’espace américain.

N’employant que 2,7 % des actifs, l’agriculture américaine crée du travail pour 28 millions de personnes, contribue pour plus de 16 % à la valeur ajoutée de l’économie du pays et assure 2 % du P.I.B.

1.1. La carte agricole des Etats-Unis

La carte agricole des Etats-Unis était autrefois dominée par la juxtaposition de « belts » (zone de monoculture déterminée par les conditions naturelles de la région). Mais l’intensification récente de l’agriculture lui permet de se libérer de ces contraintes. Ainsi, nous avons désormais :

1.2. Un système agro-industriel

Assurant près de 20 % des exportations de produits agricoles dans le monde, les Etats-Unis sont le grenier de la planète. Ils sont le premier producteur et exportateur de produits agricoles.

L’utilisation d’engrais, de produits phytosanitaires, la mécanisation (près de la moitié du parc de tracteurs du monde) et l’irrigation ont favorisé l’augmentation de la production agricole. Les recherches récentes de la biotechnologie, la sélection des semences, l’utilisation d’OGM (organisme génétiquement modifié, par exemple, une plante à laquelle on a ajouté un gène pour la rendre résistante à un insecte) les technologies de l’information et les subventions gouvernementales ont augmenté encore le rendement de cette véritable agriculture de précision.

L’agriculture est très dépendante de l’industrie. C’est un maillon d’une chaîne comprenant, en amont, les banques (auprès desquelles les agriculteurs sont endettés), les fournisseurs de matériel ou d’engrais et, en aval, les industries de transformation des produits : c’est le système d’agrobusiness (ensemble des activités liées à la production, à la transformation et à la distribution des produits agricoles).

1.3. Les problèmes de l’agriculture

Devenue très dépendante de l’exportation, l’agriculture américaine est fragile. Les exportations sont devenues vitales, ce qui rend cette agriculture très dépendante du marché international. Mais comment vendre d’énormes quantités de maïs, de blé, de soja, de viande quand la demande ralentit ou stagne dans le Tiers-monde et dans les pays de l’Europe de l’Est, face à des concurrents anciens ou nouveaux comme l’Union européenne ? Le gonflement des stocks, en particulier des stocks de grains, a déprimé les cours de façon sensible.

Le niveau d’endettement des fermiers américains est alarmant. Ainsi, dans les années 1980, la surproduction et la chute des cours ont entraîné une crise agricole. Ce qui, conjugué à la hausse du dollar, a occasionné la faillite de nombreuses exploitations endettées et asphyxiées par la hausse des taux d’intérêt. D’où l’intervention de l’Etat fédéral (malgré son libéralisme proclamé) devenue permanente. Il soutient le revenu des agriculteurs par des aides directes (quand les cours mondiaux sont inférieurs aux coûts de production), en limitant la production (incitation à "geler" une partie des terres, aides à l’exportation), en menant une politique d’exportation de plus en plus agressive (négociation dans le cadre de l’OMC).

Notons par ailleurs que cette agriculture doit faire face à d’autres problèmes tels :

• les problèmes environnementaux (érosion des sols, salinisation) ;

• les fortes disparités entre les exploitations marginales, à temps partiel (la moitié d’entre elles), et les grandes entreprises (le ¼ d’entre elles fournit 1/3 de la production, en particulier au Texas, Californie et Floride), les autres étant des exploitations familiales (Vieux Sud, Nouvelle Angleterre) soutenues par les pouvoirs publics

1.4. L’arme alimentaire

L’Etat américain utile assez souvent l’agriculture comme une arme stratégique en ravitaillant tel ou tel pays en fonction de ses intérêts ou en cherchant à limiter la concurrence des produits agricoles européens. Par ailleurs d’autres instruments de puissance sont aux mains des Etats-Unis. Par exemple, les cours mondiaux du blé, du maïs ou du soja sont fixés à la Bourse aux grains de Chicago ; les FMN américaines de l’agroalimentaire possèdent des terres et des entreprises dans le monde entier, en particulier en Amérique latine et en Asie ; des firmes, comme Monsanto, rendent les agriculteurs dépendants de leurs produits en créant par exemple un soja tolérant à un seul herbicide, celui produit par le groupe.

Conclusion partielle : Grâce à l’abondance des surfaces cultivées et la variété de ses productions, les Etats-Unis dominent l’agriculture de la planète. Pourtant, les cultures céréalières sont extensives et les rendements ne sont pas élevés partout. Cette agriculture doit avant tout son premier rang mondial à la force de son organisation industrielle et à l’implication politique du gouvernement fédéral.

 2. La puissance industrielle

L'industrie des Etats-Unis n'occupe que 25 % des actifs non agricoles et réalise 30 % du PNB; elle fournit le ¼ de la production industrielle mondiale et tient le 1er rang dans de nombreux secteurs.

2.1. Des secteurs traditionnels restructurés

Touchées par la crise des années 1980, certaines industries dites traditionnelles – grâce notamment à des restructurations - essayent aujourd'hui de se relancer.

• L'industrie textile est en cours de mutation. Implantée d'abord au Nord-Est (Nouvelle-Angleterre, New York), elle a migré vers le Sud à la recherche d'une main-d'œuvre bon marché. Aujourd'hui le textile américain est l'un des plus productifs du monde: 5 des 10 premières entreprises mondiales sont américaines (les Etats-Unis assurent près du ¼ de la production mondiale de synthétiques).

• L'industrie automobile (Général Motors, Ford, Chrysler…) reste l'une des plus puissantes au monde grâce à des alliances avec d'autres constructeurs, à la modernisation des usines et à l'internationalisation de la production. La concentration des usines autour de Détroit (région des Grands Lacs), capitale mondiale de l'automobile, s'atténue surtout dans le secteur aval (assemblage, montage) au profit de la Californie et du Sud.

• La sidérurgie, au 1er rang mondial jusqu'à la fin des années 1960, est nettement dépassée par celles de l'ex-URSS et du Japon. Sa part dans la production mondiale s'est réduite de 55 % en 1945 à 11,5 % en 1992 et à 10 % en 2003. Le 1er groupe des Etats-Unis (la United States Steel) n'est plus qu'au 5e rang mondial.

• L'industrie de l'aluminium demeure prospère. Des multinationales (Alcoa, Reynolds, Kaiser et Amax) réalisent les ¾ d'une production énorme (22 % de la production mondiale) Les usines sont localisées dans des régions qui disposent d'énergie électrique (vallées de la Columbia, du Tennessee) ou importent de la bauxite (golfe du Mexique).

2.2. L'essor des industries de pointe

Les Etats-Unis importent beaucoup de matériel d'équipement: 40 à 45 % des machines-outils et des machines textiles, 18 % de leurs composants électroniques. Cependant des secteurs de pointe demeurent entreprenants. Les nouvelles technologies sont la première industrie des Etats-Unis. Ainsi :

• La chimie impressionne par sa puissance. Dupont de Nemours tient le 1er rang mondial devant les géants allemands (Hoechst, B.A.S.F et Bayer). Le secteur garde sa prépondérance, depuis les marchés plastiques et des résines, jusqu'au caoutchouc (Good-year) et des détergents (Pocter and Gamble). Le raffinage du pétrole a une capacité de près de 850 millions de tonnes et demeure la plus puissante du monde. C’est une activité très dispersée sur le territoire.

• Les industries de matériel électrique et de l'électronique: Malgré la montée en puissance du Japon qui a pratiquement éliminé l'industrie américaine de l'électronique grand public et prend le 1er rang pour les composants, Les Etats-Unis réalisent 40 % de la production électronique mondiale. Dans l'informatique, leur prééminence est écrasante : IBM, Digital Equipement, NCR, Hewlett-Packard. General Electric est un des géants mondiaux dans les domaines électriques et informatiques.

• Les industries aéronautique et aérospatiales sont parmi les plus performantes : neuf (9) firmes américaines figurent parmi les 10 premières mondiales de l'aéronautique. Boeing couvre les deux tiers de la demande mondiale en long-courriers. Réparties sur tout le territoire américain, les usines sont plus nombreuses sur la côte Atlantique, autour des Grands Lacs, dans le Texas, le Kansas, sur la côte Pacifique.

Les Etats-Unis assurent près de 62 % de la production aérospatiale mondiale, contre 32 % pour l'Union européenne. Cette industrie est très active à l'exportation mais, tributaire des commandes du gouvernement fédéral par l'intermédiaire de la NASA, elle souffre de graves fluctuations d'activité. Le complexe aérospatial a une structure très éclatée (Seattle, Los Angeles, New York, Saint Louis…), le montage final et le lancement des fusées et des navettes étant assurés au Cap Kennedy en Floride.

2.3. Le nouvel espace industriel

Le renouveau de l'industrie américaine s'est traduit par le redéploiement des activités sur le territoire selon des localisations obéissant à une nouvelle logique. L'ouverture sur le monde conduit, en effet, à rechercher les implantations à la périphérie du territoire, sur les interfaces qui offrent de multiples avantages. Les Etats-Unis en sont largement dotés avec trois façades maritimes et deux frontières.

Du Nord-Ouest jusqu'aux rivages atlantiques des Carolines, les centres industriels de la sun belt représentent désormais 47 % de la production industrielle totale contre 27 % en 1963 grâce au dynamisme des industries de haute technologie. Ainsi ont fleuri des parcs technologiques (espace qui regroupe des équipes de recherche des universités et des entreprises dans le but de dynamiser la production industrielle) comme la Silicon Valley. Le Sud et l'Ouest profitent aussi de la proximité de la main d'œuvre du Mexique, soit par le travail des maquiladoras (usines implantées au Mexique qui travaillent pour des firmes américaines).

Le Nord-Est, affecté par la crise des années 1980, perd quelque peu de sa substance puisqu'il ne concentre plus que 43 % de la production totale (59 % en 1963). Il fait cependant aujourd'hui l'objet d'un renouveau qui allie dynamisme local (parcs technologiques) et implantations d'entreprises étrangères.

Entre les deux, les régions centrales (10 %) juxtaposent la désertification de vastes zones rurales et la polarisation autour des métropoles isolées comme Denver dans les Rocheuses et Minneapolis ou Saint Louis dans les grandes plaines.

2.3. Comment s'explique l'avance technologique des Etats-Unis ?

La puissance dans la haute technologie s'explique en partie par les moyens mis en œuvre: les Etats-Unis utilisent le tiers des investissements consacrés à la recherche dans le monde. Les performances de la haute technologie américaine sont surtout dues à une étroite coopération entre le entreprises et les universités. La Silicon Valley s'est développée grâce aux applications industrielles que de grandes entreprises d'informatique

comme Hewlett-Packard ou Apple ont réalisées à partir des découvertes scientifiques de l'université de Stanford. Elle a servi de modèle à de nombreux parcs technologiques (espace qui regroupe des équipes de recherche des universités et des entreprises dans le but de dynamiser la production industrielle): Portland, Salt Lake City, Denver, Phoenix, Dallas, Détroit, Miami…

Le rôle de l'Etat et des industries militaires a été essentiel. Ils ont menés les projets (bombe atomique, conquête de la Lune…) qui fait des Etats-Unis la première puissance militaire et spatiale.

Conclusion partielle : Les performances industrielles restent le meilleur indicateur de la puissance américaine. Face à la montée de la concurrence, les Etats-Unis réagissent par une mutation en profondeur de leur appareil industriel. La distribution spatiale qui en découle est le reflet du remodelage de l'économie américaine. Ils ont su aussi diversifier et renouveler leurs activités, et leur économie est désormais en partie post-industrielle (l’industrie n’occupe plus qu’une minorité d’actifs).

3. Les services, secteur clé d'une société postindustrielle

Remarquable par son ampleur et sa vitalité, le secteur des services caractérise la modernité de l'économie américaine.

Mais, quelle est sa place réelle dans la création de richesses ?

3.1. Le premier secteur pourvoyeur d'emplois

Constituant le secteur tertiaire, activités de services sont nombreuses, variées et omniprésentes dans l'espace. Il s'agit du commerce, des transports, de la recherche, de l'enseignement, des conseils, des banques, des assurances. Bref, les services concernent tout ce qui n'est ni agricole ni industriel. Les services, secteur dynamique puisque responsable de la création de neuf (9) emplois sur dix (10) depuis 30 ans rassemblent près de 76 % de la population active.

III.2. Un secteur révélateur d'une société postindustrielle?

La montée irrésistible des services semble s'être effectuée au détriment des secteurs secondaires et primaires producteurs de biens matériels.

Gains de productivité et délocalisations y ont détruit maints emplois et donné l'impression que la "désindustrialisation" entraînerait la formation d'une économie postindustrielle fondée sur la fourniture quasi exclusive des services. En réalité, ces derniers sont de plus en plus associés à la production. Par l'intermédiaire des bureaux d'étude, des services financiers, des sociétés de transport, il s'agit d'optimiser l'efficacité des secteurs de production. Ainsi les services sont ils au cœur d'un processus de périproduction (ensemble des activités non directement liées à la fabrication et à la production, mais servant à la mise en œuvre de ces activités: recherche, ingénierie, transport…) qui, loin de diminuer le secteur productif, contribue à le renforcer et rend désormais délicate la distinction entre les trois secteurs d'activité.

III.3. Un vecteur de la puissance américaine

Les exportations de services des Etats-Unis représentent 19 % du total mondial et dégagent de larges excédents (70 milliards de dollars en 2003). Les services de haute technologie (ingénierie, télécommunications, informatique et audiovisuel), pour lesquels les Etats-Unis détiennent 32 % du stock mondial de brevets, leur assurent une position dominante dans les échanges de "matière grise".

Dans les secteurs plus conventionnels, la position américaine est tout aussi solide: Macdonald est le premier groupe mondial de restauration rapide. Le tourisme procure 9 millions d'emplois et représente le tiers de l'excédent de la balance des services.

IV. Une puissance commerciale planétaire

Le commerce extérieur des Etats-Unis est souvent présenté comme un point faible.

Quelle en est la structure et la portée réelle?

IV.1. La puissance et la diversité des échanges

Qu'il s'agisse des marchandises (15 % du total mondial des échanges), des services (18 %) ou des mouvements de capitaux, les Etats-Unis pèsent de tout leur poids sur les échanges mondiaux et occupent la première place.

La structure des exportations révèle la prépondérance des biens manufacturés (80 %), à savoir des produits de haute technologie (avions, ordinateur, médicaments, armement…), des produits de consommation courante (appareils électroménagers, voitures…). Ils exportent aussi les produits énergétiques (charbon), miniers (non ferreux) et agricoles (blé, soja, maïs).

Quant aux importations, exceptés quelques denrées tropicales (café, thé…) et le pétrole, elles sont dominées par les produits manufacturés (84 %) tels les chaussures, le textile, l'électronique grand public.

IV.2. La géographie des échanges

La géographie des échanges met en évidence les relations privilégiées des Etats-Unis avec certains pays (cf. doc 2):

• Les voisins immédiats: le Canada et le Mexique participent pour près d'un tiers au commerce des Etats-Unis. Si le Canada est depuis longtemps le premier partenaire, le Mexique arrive désormais au 3e rang;

• L'Europe, zone avec laquelle les échanges sont anciens et participe pour ¼ au commerce américain;

• Autour du Pacifique, les Etats-Unis ont décuplé leurs échanges avec cette région depuis 20 ans. Au Japon se ont ajoutés les NPI mais aussi la Chine;

• Le reste du monde, considéré comme peu solvable en dehors des pays pétroliers, a des relations insignifiantes avec les Etats-Unis.

IV.3. Un déficit commercial à relativiser

Apparu pour la première fois en 1971, le déficit commercial s'est creusé dans les années 1980 pour atteindre 172 milliards de dollars en 2002. Ce déficit est en réalité limité. En effet, rapporté au PIB, les 2,5 % qu'il représente ne constituent en fait qu'une dizaine de jours

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