Le Gabon au début du 19ème siècle

Le Gabon au début du XIXème siècle

(par le Professeur Darius ENGUENGH)

 

Au 19ème siècle siècle le Gabon devient une colonie française. Jusqu’avant ce siècle, les populations vivant sur ce territoire sont indépendantes et entretiennent des relations commerciales avec les Européens (Portugais, Espagnols, Hollandais, Anglais, Français…).

Cette évolution du statut du territoire du Gabon n’a pas été sans conséquences politique, économique, culturelle, sociale.

 

I. Le Gabon pré colonial

Le territoire du Gabon pré colonial accueille des peuples (Pygmées, Bantous et Fang) libres et assez bien organisés sur les plans social, politique et économique.

I.1. L’organisation sociale des peuples vivant au Gabon

Les peuples qui vivent au Gabon sont regroupés en quatre grands groupes ethniques : le groupe myénè, le groupe mériè, le groupe mbédè et le groupe fang,. Sur le plan social, ils sont organisés en trois classes.

- Nobles :purs sang, ils jouissent de tous les droits.

- Simples Hommes libres : Enfant né d’une union entre un Homme libre et une esclave ; Ou encore, un Noble qui a élu domicile dans un autre village que le tien.

- Esclaves : Captifs de guerre ; personnes bannies de leur clan pour vol, la sorcellerie… ; Pygmées.

I.2. L’organisation politique

Il existe trois formes d’organisation politiques.

• Le village-Etat: C’est un très grand village indépendant des autres villages. Il est propre aux peuples migrant tels les Fang, les Benga, les Galwa... Il est dirigé par l’Homme le plus âgé, assisté d’un Conseil de sages.

• La confédération : C’est un ensemble de villages moyens situé sur une aire géographique bien déterminée, composé de chefferies soumises à un chef supérieur. Les chefferies sont indépendantes les unes les autres. Elle est propre aux Mpongwé, Gisir, Téké…

• Le royaume : C’est un territoire dirigé par un roi. Ce dernier règne sur les chefs de clan ainsi que les villages de son royaume. Il est propre aux Orungu, Nkomi…

I.3. L’organisation économique

Les peuples du Gabon pré colonial pratiquent plusieurs activités économiques, à savoir :

• L’agriculture (sur brûlis) et l’élevage : manioc, tarot, ignames, légumes… ; moutons

• L’artisanat : Tissage des étoffes, teinture des tissus, travail du fer, du bois…

• Commerce : Echanges commerciaux entre différents villages, confédérations ou royaumes. Ils se font sur la base du troc.

 

II. Le territoire du Gabon au contact des Européens

Au XVème siècle, les Européens explorent les côtes gabonaises.

II.1. L’exploration de la côte

C’est en 1472 que les portugais découvrent les côtes du Gabon, notamment le delta de l’Ogooué (Port-Gentil). Puis, ils entrent en contact avec les riverains de l’estuaire du Komo, les Mpongwé. Continuant leur exploration, les portugais atteignent les pays du sud-ouest du Gabon, Sette Cama et Mayumba. En 1475, l’ensemble de la côte gabonaise est déjà exploré par les portugais.

Assimilant, la forme de l’estuaire à un manteau de marin (Gabao en portugais), ils baptisent cette région "Rio do Gabao", d’où le nom Gabon.

II.2. Les conséquences de la découverte des côtes gabonaises : la traite négrière

Les portugais sont les premiers négriers des côtes gabonaises, suivis des Hollandais, des Français, des Anglais… Les esclaves sont capturés à l’intérieur du Gabon par des guerriers Bakélé, Fang, Bayaka… qui les revendent aux populations de la côte, Vili et Myénè ou directement aux négriers européens. Les premiers esclaves enlevés du Gabon sont vendus en Caroline du Sud (USA). Au total, plus de dix huit mille esclaves sont partis des côtes gabonaises.

Les principaux entrepôts d’esclaves au Gabon sont Nengué-awoga (dans l’Estuaire), Sangatanga (dans les régions du Cap Lopez) du Fernan vaz, Adolinanongo (actuelle Lambaréné), Mayumba…

 

III. L’implantation française au Gabon

Les français s’installent officiellement sur les côtes gabonaises dans la première moitié du XIXème siècle.

III.1. Les raisons

L’installation française sur les côtes gabonaises est motivée par :

La raison humanitaire : lutter contre les négriers qui contrevenaient à l’interdiction de la traite négrière et civiliser les populations par l’action des missionnaires chrétiens. En effet, abolie en 1815 dans toute l’Europe, en 1833 dans les colonies anglaises et en 1848, dans les colonies françaises, la traite se poursuit illégalement sur les côtes africaines, notamment dans le golfe de Guinée.

Les raisons politique et économique : La France veut créer des points d’appui pour sa flotte. En plus, elle veut supplanter le monopole commercial de l’Angleterre dans l’estuaire du Gabon. Aussi envoie-t-elle le lieutenant de vaisseau Bouët-Willaumez explorer la côte gabonaise.

III.2. La fondation du comptoir du Gabon

Arrivé au Gabon, Bouët-Willaumez, assisté de Broquant, signe une série de traités dits d’amitié avec les chefs côtiers de l’estuaire.

Le traité du 09 février 1839 : Bouët-Willaumez signe avec Antchuwé Kowe Rapotchombo (Roi Dénis) un traité qui amène le roi Dénis à céder à perpétuité à la France une partie de ses terres, sur la rive gauche de l’estuaire. En échange la France lui offre 20 pièces d’étoffes assorties, 10 barils de poudre de 25 livres, 20 fusils à un coup, 2 sacs de tabac, 1 baril d’eau-de-vie et 10 chapeaux blancs.

Le traité du 18 mars 1842 : Bouët-Willaumez signe avec Anguilet Ré-Dowé (Roi Louis) un traité qui permet à la France d’acquérir des terres sur la rive droite de l’estuaire.

Le traité du 27 avril 1843 : Baudin signe avec Kaka Rapono (Roi Quaben) un traité qui permet à la France d’acquérir tout le territoire compris entre le village Quaben et le cap Estérias.

Le traité du 28 mars 1844 : Ravony (Roi Will Glass) signe avec la France un traité qui donne à cette dernière le village Mpongwé de Glass (Olamba).

Le traité du 1er avril 1844 : Bouët-Willaumez signe avec les chefs Antchuwé Kowe Rapotchombo, Anguilet Ré-Dowé, Kaka Rapono, Ravony Glass, Kringer un traité qui cède à la France tout le territoire compris entre le cap estérias et le fond de l’estuaire.

Le 1er août 1846 : Tous les signataires du traité du 1er avril 1844 cèdent à la France le Mont Bouët et toutes les dépendances, le Cap Santa clara, l’île Coniquet, Owendo.

Document : Libellé du traité avec Louis Dowé

Article 1 : La souveraineté du territoire du roi Louis situé entre le village du Roi Glass et celui

de Quaben est considérée pleine et entière au Roi français.

Article 2 : Le roi Louis cède de plus en toute propriété aux français le terrain de l’ancien village de son père pour y élever telle bâtisse ou fortification qu’il leur plaira et, s’ils changent d’idée plus tard, il s’entendra avec eux pour un autre emplacement favorable (…).

Article 3 : Tous les bâtiments des autres nations pourront venir mouiller à l’ancre devant le village.

Article 4 : En cas de naufrage, le tiers des objets sauvés sera concédé aux sauveteurs.

Article 5 : Le roi Louis ne stipule aucune condition de cadeaux d’échange et s’en rapporte tout à

fait à la générosité du gouvernement français.

Source : Aperçu historique du Gabon. IPN /Libreville 1973

 

A la lecture des traités ci-dessus mentionnés, il apparaît qu’en échange de l’occupation de leurs terres, les français apportent aux autochtones cadeaux et sécurité (militaire). Les chefs autochtones "se rangent (…) sous la protection et la souveraineté de la France".

III.3. La fondation de Libreville

Libreville est née de la libération des esclaves. En effet, en 1846 un vaisseau français arraisonne un négrier (l’Elizia) chargé de 261 esclaves capturés au Congo. Ils sont débarqués au Sénégal le 28 juin 1846 afin d’être soignés. Le 16 octobre 1849, les survivants de l’Elizia sont envoyés au Gabon qui manque de main d’œuvre. Ils sont installés dans la zone de Montagne sainte. Bouët-Willaumez donne à cette agglomération le nom de Libreville.

III.4. Les débuts de l’église chrétienne au Gabon

Les premiers missionnaires chrétiens arrivent au Gabon le 22 juin 1842. Il s’agit des pasteurs Wilson et Griswold. Ils fondent l’église de Baraka.

Le 28 septembre 1844, le père Bessieux et le frère Grégoire débarquent au Gabon. Ils installent la mission Sainte Marie et créent la première école française en 1845.

 

IV. La migration fang

Entre 1810 et 1820, en provenance du Cameroun, des vagues de population fang entrent au Gabon, en traversant le fleuve Ntem.

IV.1. Les causes de la migration

Plusieurs raisons expliquent la migration fang.

Les raisons politiques

- Ils fuient les hommes d’Ousman dan Fodio qui mènent une guerre sainte (Djihad) contre les populations kafirs (non islamisées) vivant entre l’Adamoua et le Kebbi, dont les fang.

- Ils fuient les populations Basa’a du Nord Cameroun qui leur font la guerre.

Les raisons économiques

- Ils recherchent le sel marin, en abondance sur la côte.

- Ils veulent entrer en contact avec les populations côtières de l’estuaire (Mpongwé, Bakélé, Sékiani) en vue de bénéficier des apports européens venant de la côte.

- Ils veulent s’affranchir des courtiers Mpongwé, Bakélé, Sékiani… en traitant directement avec les Européens sur la côte.

IV.2. L’itinéraire des fang au Gabon

Les fang arrivent au Gabon entre 1810 et 1820. Vers les sources du Ntem, ils se séparent en plusieurs sous groupes: les Betsi, les Nzaman, les Ntoumou, les Kwélé, les Makina

• Les Betsi : Ils se dirigent vers l’Estuaire du Gabon et le Sud-Ouest par Mitzic, Medouneu ou par l’Okano, l’Abanga et la Bokwé. Ils atteignent aussi N’djolé et Lambaréné.

• Les Nzaman : Ils occupent la rive droite de l’Ogooué, notamment à N’djolé et à Booué aux dépens des Kélé et des Kota de ces régions.

• Les Ntumu et les Mvai s’installent dans le Woleu-Ntem aux dépens des Sékiani.

• Les Kwélé : Ils s’établissent sur le haut Ivindo jusqu’à Makokou et au Nord de Mékambo aux dépens des Bongom et des Okandé.

• Les Makina (ou Chiwa) : Ils s’installent dans la région de Booué et sur le Moyen-Ogooué.

IV.3. Les conséquences de la migration fang

La migration fang est à l’origine d’autres migrations telles que celles des Sékiani, Kélé, Kota, Bongom, Okandé. De plus, elle a occasionné la modification des structures culturelles et socio-économiques du Gabon.

 

Conclusion :

Au total, le Gabon du début du XIXème siècle est un territoire très peu peuplé, sans unité politique. Son ouverture au monde européen bouleverse complètement ses structures politiques, économiques, culturelles. A la fin de la première moitié du XIXème siècle, le territoire du Gabon est déjà partiellement sous la souveraineté de la France.

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Commentaires (1)

1. christophe ndong 30/05/2013

Au sujet des hommes fang, traiter les fangs comme les fuyards est une description ignorante de qui était l'homme fang. et je crois qu'il est mieux de se renseigner avant d'écrire du n'importe quoi. Le peuple fang est considéré comme une des ethnies la plus guerrière de l'Afrique. nous le redisait un professeur blanc de nationalité française. Tous les fang savent, qu'ils partent de l'Egypte, avec un ordre donné par leur père appelé FANG AFFIRE. qui a donné cet ordre à ses enfants. Vous partez du soleil levant, et vous ne vous arrêterez que au soleil couchant, là ou vous ne pouvez plus traverser. et c'est pour cela que vous verrez que ce peuple se retrouve en partie au bord de la mer. Parce que quand les premiers qui allaient devant, ont annoncé aux autres que nous avons atteint le lieu ou le soleil se couche, et nous ne pouvons plus traverser. Ceux du derrière ont commencé à s'installer. Mais au fur et à mesure des naissances, la progression hégémonique se poursuivait. voilà la vérité transmise par nos pères depuis des siècles.

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