Origines des Nkodjeine

Origines des Nkodjeign

 (extrait thèse documents.univ-lille3.fr/files/pub/.../these_body.html)

 

Nombreux sont les auteurs qui, à l’exemple de Chamberlin, se sont appuyés sur des distinctions claniques pour étudier les Fang et progresser dans la connaissance de leur histoire ancienne. La méthode paraît caduque maintenant que de nouveaux éléments ont mis en évidence l’existence de relations anciennes et étroites avec les populations voisines autour de l’Estuaire et plus loin, dans l’Ogooué. D’une part, les relations matrimoniales associent des clans fang à des clans d’ethnies différentes, d’autre part, au sein d’un même clan, les ramifications sont à ce point complexes qu’elles dissuadent toutes tentatives de distinction en sous-groupes. On comprend mieux ici l’importance des généalogies dans la culture fang, pour respecter l’exogamie.

L’étude du clan ou lignage (ayong) des Nkodjeign, montre parfaitement les ramifications multiples qui s’étendent sur une grande partie du territoire gabonais actuel, en même temps qu’elle illustre les mouvements de villages à l’époque coloniale.

Le clan est connu sous différentes orthographes, qui sont la transcription d’une prononciation plus ou moins appuyée selon les accents : N’Kodjis ou Nkodjé autour d’Oyem pour Leroux, Balandier et Pauvert, Ekodjé pour Cottes; Nkodjeign vers Bitam. Lors de sa mission de délimitation du Sud-Cameroun, Cottes note que “ Les Ekodjè sont situés sur le Woleu et étaient en relations constantes avec les factoreries d’Angoum, où un agent de la Hamburg Africa Gesellschaft était établi ”. Actuellement, le groupe est essentiellement concentré dans la région d’Oyem, il constitue plus de 90 % de la population du canton. Les ramifications du lignage sont nombreuses et fort longues puisqu’elles s’étendent jusqu’au Cameroun, notamment à Ebolowa et à Mbalmayo où les Nkodjeign sont en forte proportion. On les retrouve également en Guinée Equatoriale.

Tous les informateurs s’accordent à situer les racines du clan au Cameroun, au nord de la Sanaga, sur les plateaux de l’Adamaoua. En arrivant dans la région de l’actuelle Oyem, dans la première moitié du XIX ème siècle, le clan se serait installé sur une colline inoccupée où se trouvait une importante colonie d’odjeign, une espèce de petite antilope de 40 cm. environ, au pelage roux. L’arrivée des Blancs provoqua la dispersion des villages, devenus, depuis lors, des quartiers urbains. La toponymie donne ainsi le nom du clan, formé des deux mots ntumu : Nko signifiant montagne et Odjeign. Nkodjeign est donc l’appellation ntumu du clan, mais il est présent chez les Bulu, sous le nom de Yevu, ou Yevo, dont la signification est inconnue ; il est également connu chez les Fang de l’Estuaire sous le nom d’Efak, mot fang désignant un outil de labourage, tiré du verbe afak : labourer, creuser. Cette triple désignation désempare au premier abord, d’autant que nos informateurs ne l’expliquent pas. Elle montre en tout cas combien il est hasardeux de répertorier de façon aussi catégorique les clans, d’autant plus que les confusions sont très faciles, par exemple entre les Efak de l’Estuaire, et les Effak du Woleu Ntem dont la parenté est nulle.

A en croire Bonaventure Ndong, la triple désignation témoigne d’une dénomination du clan originelle, transformée au gré de circonstances. Mendame Ndong, un de ses informateurs, affirme que “ la dénomination [Nkodjé] est injurieuse : car elle fait disparaître le vrai nom du fondateur pour privilégier la nature du lieu géographique et l’espèce animale qui le peuplait ”. Meye M’owono le rejoint en avançant que le mot “ Nkodjeign […] n’existait pas à l’origine ; le véritable nom mythique étant celui de Yengoak de l’ascendance de Ngogo Ovolo ”. Il donne ensuite le récit de Ndong Nguema :

“ Nous ne sommes pas Nkodjeign, nous sommes Esaduga. Donc lorsque tu me demandes d’où viennent les Nkodjeign, cela équivaut à savoir d’où viennent les Fang ”. Il cite Atome Ndong Manfred :

“ Le nom Nkodjeign est quelque chose de très proche. C’est Bewu be Eduga qui est allé habiter sur la montagne. Maintenant, quand les femmes se rendaient aux champs elles les trouvaient saccagés par les antilopes adjeign.

“ Donc c’est parce qu’il y avait de nombreuses antilopes que tous ont eu le nom de Nkodjeign. C’est pourquoi, tous ceux qui sont partis avec Bewu be Eduga, ceux nés après ont porté et portent encore le nom de Nkodjeign.

“ C’est donc ce nom qui a subsisté dans tout le Woleu Ntem ”.

 

Les deux récits coïncident avec deux autres, d’abord celui de Mendame Ndong :

 

“ En réalité le père fondateur s’appelait Edugha, ce qui donne Esaduka comme vrai dénomination du clan N’kodje. Un des enfants de Edukha [Bewu Be Eduga] alla s’installer sur cette colline riche en antilopes : le clan N’kodje voyait ainsi le jour ”.

Puis, celui de Biyogo Ndong Atome :

“ Tous les enfants de Eduga Ntoum habitaient un même village appelé Zuakeign. Cependant il eu des problèmes entre les fils de Bewu be Eduga et ceux de ses frères. C’est alors que leur père Eduga Ntoum demanda à Bewu be Eduga d’abandonner le village et d’aller vivre sur la montagne... et là il y avait plein de Adjeign ”.

Ndong Nguéma reconstitue ensuite la généalogie du groupe en descendant depuis Eduga. Le vrai nom d’Eduga (Edugha, ou Edukha, selon la prononciation) est Ntum (ou Ntoum) Edugha. Il a eu neuf enfants, Adome Eduga, Zué Eduga, Mpwa Eduga, Bewu Be Eduga, Efon Eduga, Yeme Eduga, Vine Eduga, Aka Eduga et Dan Eduga, respectivement fondateur des clans Esamedome, Esaseign, Yempwa, Yewo, Evon, Yemyema, EsaVine, Esekak et Esadan.

Quelques divergences apparaissent dans la comparaison avec les informations de Mendame Ndong, où la descendance d’Eduga serait Bang Edugha, Ngol Edugha, Nje Edugha, Nkwark Edugha, Ndang Edugha, Evon Edugha, Ebam Edugha et Mwua Edugha, respectivement fondateurs des clans Esabang, Yengol, Esenje, Yenkwark, Esandang, Evon, Ebibam et Mwua, résidant le premier au Woleu-Ntem, le second dans l’Estuaire, au Cameroun pour les deux suivant, en Guinée Equatoriale, et au Moyen-Ogooué pour les trois derniers. En dehors de Evon et Esadan, et d’éventuels rapprochements qu’une connaissance plus poussée permettrait, il faut surtout noter que Bewu Be Eduga n’apparaît pas dans la deuxième liste qui ne compte d’ailleurs que huit noms. Il faut se garder de conclure hâtivement que Mendame Ndong ne reconnaît pas en Bewu Be Eduga son ancêtre. On ne trouve chez cet informateur pas plus d’élément qui puisse rattacher à la généalogie qu’il donne, ni Yengoak, ni Ngogo Ovolo. La recherche demande là plus de patience.

En attendant, d’après Meye M’Owono, la descendance de Bewu Be Eduga serait ensuite la suivante : Mba Bewu, Ossele Bewu, Anvome Bewu, Ndze Bewu, Odjeing Bore Bewu, Mbo Bewu et Nsomore Bewu, encore qu’un doute persiste sur ce dernier, que la tradition rallie à Bewu Be Eduga au court de sa migration, peut-être un ntobo, étranger adopté par une famille.

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