Etat moderne africain et la question des nations africaines

L'Etat moderne africain et la question des nations africaines

(par M. Sylvanus Kowet)

Professeur Certifié de Philosophie

Chargé de cours au LJAA

 

Résumé

Le XXe siècle a connu l’érection d’Etats dans toutes les régions du monde. Hegel semble donc, dès le XIXe siècle, faire figure de visionnaire, lui dont l’historicisme avait annoncé la mue de toutes les sociétés humaines en Etats, ce sous la houlette de la Raison Universelle.

L’Afrique, peut-être bien plus que partout ailleurs où la colonisation a fait des siennes, semble s’être approprié ce "panétatisme", puisqu’ ici nulle terre, nulle région ne paraît avoir été menacée par quelqu’anarchisme que ce soit, si l’on excepte quelques cas isolés de communautarismes ou de revendications identitaires s’exprimant sous diverses formes, et revenant de temps à autre au gré des circonstances.

Et c’est justement à l’observation de ces cas de retours récurrents de la revendication identitaire que nous pensons opportun, tandis que bon nombre d’Etats africains célèbrent cette année leur cinquantenaire, de s’interroger sur le rapport des Etats africains issus de la colonisation avec les nations qui les sous-tendent.

Ainsi, à partir du postulat selon lequel la notion de nation recouvre, outre une identité linguistique, historique, et culturelle, mais aussi qu’elle repose sur un projet commun d’essence transcendante, nous allons nous interroger sur le destin, et finalement la gestion de ces cosmogonies par l’Etat moderne africain. Et, en réalité, la réflexion ne devrait pas se départir de l’interrogation sur la possibilité d’Etat-nations en Afrique, si tant est que ce projet se décline ici et là dans le continent, si l’on en croit l’usage fréquent d’expressions telles : « la nation gabonaise », « la nation togolaise », « la nation camerounaise » etc.

L’analyse partira donc de l’hypothèse d’un projet de vie propre à chaque nation tel qu’il semble se décliner dans les mythes fondateurs de chaque peuple. S’ensuivra un regard sur le problème de la diversité culturelle. A ce titre, non seulement un intérêt sera jeté sur sa nature, détour ne pourrait être évité sur le regard et l’abord de cette diversité culturelle par le colonisateur. Tandis qu’en fin d’analyse, l’appréhension de la question ethnique par l’Etat moderne africain sera évoquée, en montrant, selon les cas, comment le politique a, ici, éveillé le réflexe tribal ou identitaire par l’arbitraire ; tenté une épuration ethnique de multiple manières (génocide physique, culturel…) ; et initié, souvent avec de la brutalité ou bien des maladresses, une liquidation de la diversité culturelle.

Occasion nous sera ainsi donnée, pour envisager une extinction que l’on souhaite complète du reflexe identitaire qui fait ressembler l’Afrique à une poudrière, de remettre au goût du jour le projet panafricaniste de Nkrumah, Cheick Anta-Diop, et, plus récemment, de l’Union africaine sous la férule de Kadhafi…

 

INTRODUCTION

Lorsque l’Europe « se partage » l’Afrique en en traçant les frontières et donc en la colonisant, elle semble minorer l’aspect culturel, et, peut-être, en réalité le mépriser. Dans le premier cas on peut estimer qu’une minoration de ce problème est certainement due à la secrète conviction du colonisateur sur les capacités des peuples africains, considérés dès lors comme "Hommes à part entière", à vivre ensemble en toute harmonie au-delà des particularités culturelles. Dans le second cas, et de loin le plus probable, l’Occident semble alors avoir pris fait et cause pour une méprise de la donne culturelle des peuples d’Afrique à des fins stratégiques : Appliquer le fameux principe du "Diviser pour mieux régner " en mettant dans des territoires communs des populations culturellement hétérogènes. D’ailleurs la présence du colonisateur en Afrique se sera souvent signalée par de tels subterfuges. Qu’on songe à ce titre à la fameuse "mission civilisatrice" dont s’est longtemps prévalu le colonisateur pour justifier sa présence en Afrique. Mission civilisatrice, à ce qui semble, dont l’aval est venu de cet évolutionnisme unilinéaire ambiant au XIXe siècle en Europe et qui avait la faiblesse de penser que toutes les sociétés humaines devaient nécessairement passer par les mêmes stades de mutation devant toutes les conduire, in fine, à la forme étatique…Au rebours, de mission civilisatrice, il n’en aura finalement rien été. Et ce que cherche en réalité le colonisateur, au-delà de la curiosité qui nourrit l’exotisme de l’explorateur, c’est le trésor, les matières premières…Il y rencontre aussi, par bonheur pour lui, une main d’œuvre bon marché. Bref, la suite est connue de tous.

Notre intérêt, en tant que spécialiste de philosophie, en proposant cette analyse, tandis-que nos chers Etats commémorent cette année 50 ans d’indépendance, est de soulever ou de ramener au goût du jour un problème dont le silence ou la non évocation, à ce tournant de notre histoire, pourrait friser le paradoxe, si du moins on considère que la question du tribalisme que nous nommons ici «"Revendication identitaire" est un des maillons du sous-développement du Continent.

Ce thème –l’Etat moderne africain et les nations africaines- est donc à comprendre comme l’évaluation des parts de responsabilité de l’Etat africain postcolonial par l’autorité qui l’incarne dans la constellation ou la profusion des conflits interethniques. Autrement dit, il s’agit de se poser la question suivante : Comment l’Etat moderne africain, par l’autorité qui l’incarne, a géré le problème du tribalisme qui soutend les rapports entre différentes communautés vivant dans un même territoire ?

 

TEXTE INTEGRAL

Dans cette réflexion, la notion de nation doit se saisir en son sens premier, c’est-à-dire telle qu’en suggère cette étymologie latine selon laquelle par "natio" il faut d’abord et avant tout voir une communauté humaine, et donc aussi africaine ayant pour socles identitaires une langue, une culture et une histoire, si l’on s’abstient évidemment d’ajouter le facteur géographique qui, à notre sens n’est pas très décisif, au regard de la dissémination de bon nombre de peuples dans les quatre pôles du globe, peuples qui se réclament pourtant aussi de ce statut de nation…Qu’on évoque à ce titre le cas des juifs ou des tsiganes, épars dans le monde, qui se revendiquent pourtant chacun pour leur part, et à juste titre, cette dimension de nation. Dans cette perspective, Tutsis et Hutus constituent respectivement des nations disséminées entre le Rwanda, le Burundi et le Congo RDC. En Afrique centrale, des communautés comme les Tékés et les fangs –pour ne citer qu’elles- constituent également des nations quoique respectivement présentes au Gabon aux Congos et au Cameroun. En Afrique de l’Ouest on peut évoquer les Peuls, les haoussas, les Malinkés, sans exhaustivité d’aucune sorte, pour étayer cette idée qu’il y a, à l’évidence, présence de nations en Afrique.

Ce foisonnement de nations supposant inéluctablement une profusion de cultures, elle-même pouvant faire le lit d’une série d’ostracismes, il convient alors de s’interroger sur les sources de la diversité culturelle, pendant de la pluralité communautaire qui constitue la sève de l’ethnocentrisme dans son versant le plus tragique : le conflit ethnique.

A l’observation des faits, nous estimons que puisque la culture est en quelque sorte la réponse que l’homme oppose à une nature généralement hostile à son implantation, et que la nature est plurielle, c'est-à-dire qu’elle présente de multiples facettes, de multiples milieux en cela souvent radicalement différents les uns des autres, le phénomène de la diversité culturelle est donc tributaire de chaque milieu avec ces spécificités propres. Il y a donc diversité culturelle parce que les hommes, dans quelque milieu qu’ils se trouvent, ont souvent opposé des réponses toutes particulières, proposé donc des cultures toutes particulières leur ayant permis de s’intégrer victorieusement dans leurs milieux respectifs. Les sciences et techniques dont parle René Descartes et qui rendraient l’homme "maître et possesseur de la nature", intègrent donc ce processus d’insertion humaine dans la nature. Pratique aussi vielle que le monde, mais qui est partie des formes les plus rudimentaires aux aspects les plus développés de la technologie contemporaine dont on peut dire que son essence occidentale témoigne sans doute de l’âpreté du milieu de cette région du monde qui astreint dès lors ses habitants ou ses populations à plus d’inventivité, à plus de génie donc. En somme, la diversité culturelle est donc le produit de la diversité de milieux. Ramenée à un contexte africain cette dialectique entre la nature et la culture a fait en sorte qu’il y ait autant da cultures qu’il y a de milieux dans ce continent. A titre d’exemples, le milieu côtier a produit des cultures particulières. Celui de la forêt en a fait autant. Et la savane, dans cette perspective, n’a aucunement failli à la donne. La diversité culturelle est donc consubstantielle avec l’Afrique, puisque les milieux dont nous avons fait mention précédemment paraissent essentiels au continent. Mais alors quel regard jeter sur cette diversité culturelle ? Peut-on par exemple y voir un inconvénient ?

L’histoire de la tour de Babel telle que rapportée dans l’Ancien Testament offre un cas patent de ce que peut représenter en réalité la diversité culturelle. En effet, si le divin se conçoit comme parfaitement Bon et Omniscient, pourquoi choisit-il de compromettre la construction de la Tour de Babel en multipliant les langues ? Son Omnipotence n’aurait-elle pas pu le conduire à recourir à d’autres moyens plus efficaces et plus variés ? En réalité, Babel se décline comme un dégoût divin pour l’uniformité. Dieu y manifeste son sens et sa préférence pour la diversité culturelle. La langue étant le véhicule de la culture, les langues sont multipliées dès Babel parce que le Créateur y voit une source d’enrichissement, un rempart contre la monotonie issue de l’uniformisation.

Du reste lorsque l’écrivain humaniste français Antoine de St Exupéry affirme que « Celui qui diffère de moi, loin de me léser m’enrichit », ne fait-il pas là un éloge de la différence, et par là une apologie de la diversité culturelle ? Senghor lui-même n’aurait sans doute pas mal perçu cette diversité culturelle lui dont le concept de "rendez-vous du donner et du recevoir" présuppose en fait l’enracinement préalable de chacun dans son caucon culturel.

Toutefois, si la diversité culturelle est source d’enrichissement, d’où vient précisément le fait qu’elle ait souvent servi de base ou de source aux conflits en Afrique ? En d’autres termes, comment passe-t-on de la diversité culturelle à la revendication identitaire en Afrique ?

Certes qu’avant la pénétration européenne en Afrique les guerres d’hégémonie entre nations ou entre communautés étaient déjà légion. Du reste, le nom évocateur d’Empires ici ou là, notamment en Afrique de l’Ouest ou du sud en témoigne amplement. Mais force est de constater qu’aujourd’hui encore, en dépit du contact avec des sociétés plus évoluées, et donc par delà l’expansion des valeurs de la modernité qui suturent la civilisation, le continent africain est resté le terreau par excellence de l’affrontement ethnique. Quelle peut finalement bien en être la cause profonde ?

Un regard rétrospectif sur la colonisation peut permettre de répondre de façon pertinente à cette question. Qu’y remarque-t-on au juste ? Il semble que mus par cette logique du diviser pour mieux régner les occidentaux, en venant en Afrique, avaient partout établi ou désigné des populations intermédiaires, sorte d’interlocuteurs privilégiés de l’homme blanc. Ces populations généralement établies sur les points de débarquement des colons, étaient choisies à partir d’une typologie dressée sur une échelle de valeurs essentiellement arbitraire, subjective ou aléatoire. Par exemple, telle population, parce qu’elle était originaire de la côte, avait nécessairement une culture plus raffinée à laquelle le colon associait des traits physiques fins ou évolués perçus comme tels à partir d’œillères proprement occidentales. Telle autre était reléguée au rang de sous hommes parce qu’elle ne présentait pas des critères d’évolution obéissant aux catégories du colon. Le Rwanda colonial offre à ce titre un cas d’école, si on en croit le philologue et théologien Maniragaba Balibutsa dans son livre intitulé Une archéologie de la violence dans la région des grands lacs. L’auteur nous décrit ici avec minutie le travail d’ostracisation effectué par le colon belge pour exacerber la haine Tutsi-Hutu. On y note entre autre que le colonisateur belge fait du tutsi un homme très évolué avec des traits physiques voisins du type mélanoderme (occidental), et que son activité essentielle est le noble pastorat (l’élevage), tandis-que le hutu passe aux yeux du colon comme le typique nègre attardé tant physiquement que mentalement et condamné au pénible et avilissant contact avec la terre pour en extraire le produit. Inutile de dire que cette typologie des rwandais dressée par les Belges aura pendant longtemps nourri le complexe de supériorité chez les tutsi, en même temps que les hutu y verront la source de leur inhibition. Avril 1994 est donc la conséquence lointaine des discriminations du colonisateur. Dans les Etats anciennement colonisés par la France, le phénomène avait été le même, et qui vit ici les populations indigènes user désormais couramment de termes désignant tout ce qui n’était pas de son terroir. Tandis qu’au Cameroun, par exemple, les Bamilékés désigneraient par le terme nkwa tous ceux qui, n’étant pas Bamiléké, vivent au jour le jour, au Gabon, les Myènè appellent anongoma les autres populations considérées alors comme sauvages ou barbares. Chez les fang on parle plutôt de bilob, pour indiquer que tous les locuteurs non fang, donc toute autre langue africaine que fang, n’est que baragouin, discours inintelligible, dénué de sens. Chez les punu, il s’agit des termes bangondu pour caricaturer un phonème fang et du plus général badiamu pour nommer tout ce qui n’est pas punu. L’Afrique de l’Ouest offre évidemment les mêmes attitudes de rejet de l’autre. Longtemps avant l’ivoirité, les populations se sont souvent désignés par des clichés. On rapporte par exemple que les Mina au Togo appellent édjatô tous les togolais non côtiers, c’est-à-dire ceux riverains de la savane.

Le passage de la diversité culturelle à la revendication identitaire est en somme d’abord un travail du colonisateur mu par la volonté de diviser les africains pour piller en toute quiétude, en toute sérénité les richesses du continent. Mais les africains portent également et surtout la grande part de responsabilité de ce problème, eux qui n’ont jamais su se mettre au dessus de ces clivages manipulés, suscités, exacerbés par l’occident à coup de vente d’armes…

Au demeurant, l’autorité africaine, incarnation de l’Etat moderne africain postcolonial, peut-il faire l’objet de circonstances atténuantes dans le problème de la constellation des conflits fratricides du continent ?

Si l’adoption du monopartisme dans nombre de pays africains aux lendemains des indépendances avait pour enjeu l’unité nationale, peut-on aujourd’hui dire que cet objectif ait été atteint ? En d’autres termes, l’Etat-nation est-il une réalité en Afrique 50 ans après les indépendances ?

En fait, selon les principes d’unité contenus dans le monopartisme, on peut estimer noble l’instauration du monolithisme politique en Afrique après la proclamation des indépendances, et, par là, envisager certainement de disculper d’une certaine manière l’autorité politique d’alors. Mais la mise en pratique de ce projet avec ses énormes ratés, et surtout les déviations conscientes de ses propres artisans, interdit toute possibilité de circonstances atténuantes. Car sans passion ni parti pris d’aucune sorte, chacun peut, avec une évidence à crever les yeux, se rendre compte des lamentables fourvoiements vers lesquels nous a conduit le monopartisme des lendemains des indépendances. L’injustice sociale, le népotisme, le favoritisme…pour ne citer que ces pratiques très en usage à l’époque n’auront, en réalité, fait qu’exacerber la revendication identitaire. Et pour schématiser cet ensemble, on peut estimer que les choses se soient passées de la manière suivante : Injustices Sociales→Frustrations→Repli identitaire.

On rebours, on peut donc dire que si le colonisateur a joué sur nos différences culturelles pour tirer profit de nos ressources, le politique africain issu de la colonisation a, lui, exacerbé la prise de conscience de ces différences en instituant l’Injustice sociale, notamment quand celle-ci a fait figure de tribalisation de l’administration avec souvent, et, évidemment, un accent mis sur la promotion de la communauté dont est issu le chef, suivant le modèle de la "mentalité primitive" de l’anthropologue Lévy-Bruhl qui consiste pour la communauté à se confondre avec l’individu.

Toutefois, ce sombre tableau dressé sur l’Afrique, laisse-t-il droit à tout pessimisme ? En d’autres termes, quelles solutions, sinon quels palliatifs au problème de la revendication identitaire en Afrique ?

 

CONCLUSION

Il fut un temps où, l’idée selon laquelle, l’établissement de la démocratie dans le continent allait aider à résoudre un certain nombre de problèmes, et notamment celui du tribalisme, avait fait son chemin. Mais nous sommes nombreux à nous rendre à l’évidence aujourd’hui qu’il y a manifestement loin de la coupe aux lèvres. Pire, les analyses les plus pertinentes s’accordent toutes à voir avec l’avènement de la démocratie une flambée du tribalisme qui fait ressembler l’Afrique à une poudrière. Les divisions les plus meurtrières, les plus profondes, sont apparues après les années 90. Les notions de "nord et sud" très en vogue dans nombre de pays africains ont connu leur âge d’or avec l’avènement du pluralisme démocratique dans le continent. Et ici, chaque consultation électorale, avec son cortège de revendication, a laissé partout apparaître la démocratie comme le théâtre d’enjeux hégémoniques nourris par chaque peuple. Dans ce contexte, la démocratie se révèle comme inopérante quant à résoudre le problème de la revendication identitaire. Si un Etat de démocratie traditionnelle comme la Belgique offre aujourd’hui le spectacle inquiétant de la scission ou de l’implosion sous la poussée de la revendication identitaire entre flamands, wallons et francophones, la question se pose dès lors sur les capacités réelles de la démocratie à juguler le problème des particularismes…Aussi pensons-nous, pour sortir de ce problème, repenser la notion de frontières géographiques en Afrique. Frontières dont on sait qu’elles émanent de la colonisation. A ce titre, puisque c’est le maillage de populations hétérogènes qui est à l’origine des ostracismes, ne faut-il pas un jour envisager de revoir les frontières du continent de manière à susciter l’avènement de véritables Etat-nations (fondés sur le sens premier de la notion de nation) lesquels Etats se dissoudraient dans un Etat fédéral fonctionnant sur le modèle des USA ou de l’Espagne postfranquiste, avec des démembrements locaux du pouvoir ? La discussion reste évidemment ouverte…

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