Qu'est-ce que la littérature gabonaise?

Qu’est-ce que la littérature gabonaise ?

(publié par briska dans Littérature gabonaise : http://briska.unblog.fr/2009/06/)

 

La littérature au sens plein et autonome du terme n’existe pas. Dire littérature c’est comme énoncé une coquille vide. Comme nous le montre Blanchot, la littérature est ce qui se trouve dans les œuvres. Cependant elle n’est dans aucune œuvre ; le désœuvrement est l’essence de la littérature. La littérature, nous dit Derrida, n’est que fonctionnelle. Elle n’existe pas à la base, au sens où elle est par principe indéterminée. C’est la détermination que l’on fait prendre à une somme de productions langagières qui fait dire d’elles qu’elles sont littéraires où pas. Il n’y a de littérature que fonctionnelle. Par exemple, les études de littérature française incluent dans cette dernière expression, presque l’ensemble des textes écrits des époques antérieures et contemporaines. Il devient de plus en plus fréquent de rencontrer que des récits de voyages, des performances épistolaires, et voire même que la vie des hommes de lettres ou pas, soient étudiés comme étant des manifestations littéraires. La littérature est un terme vide dépourvu de contenu. Son contenu dépend de ce que l’on veut bien y mettre. Elle peut être entendue au sens large ou au sens restreint. Et la définition de la littérature est souvent, outre sa fonctionnalité, propre au temps, au milieu, à la race, mais aussi, propre aux trois catégories que sont l’écrivain, le texte et le lecteur. Les fameux intentio d’Umberto Eco. Qu’en est-il de la littérature gabonaise ?

 

On entend par littérature gabonaise l’ensemble des productions littéraires et fictionnelles nées de la plume des gabonais d’une part, et des personnes de nationalités autres que gabonaise mais dont les œuvres offrent pour lieu d’intrigue le Gabon. Ainsi lorsque Georges Simenon écrit Le coup de la lune en 1960, son roman s’intègre dans la définition de roman gabonais à double titre, d’un côté l’intrigue nous plonge en plein Gabon, de l’autre, c’est pourquoi notre exemple est mal choisit, Georges Simenon est un auteur de sang gabonais. Outre cette définition spatiale et nationale, on entend encore par littérature gabonaise l’ensemble des œuvres écrites et orales qui s’intègrent dans la première définition. A ce niveau les récits épiques d’un Nzé Nguema ou d’un Tsira Ndong Ntoutoume entre bien dans cette catégorie. De même que des contes comme ceux rassemblés par Raponda Walker. Au niveau genrologique, la littérature gabonaise s’entend comme un ensemble de textes fictionnelles se divisant en genres poétique, romanesque, dramatique, épique et (épistolaire). A ceux-ci il faudrait ajouter le récit, la nouvelle et même l’essai à l’exemple de l’Encyclopédie du mwett du théoricien Grégoire Biyogo.

Au niveau matériel, dire que la littérature gabonaise n’existe pas, est une élucubration, une vue inutile de l’esprit, une chimère relevant d’un véritable aveuglement collectif. Le vrai problème de la littérature gabonaise n’est pas matériel mais quantitatif et qualitatif. Au niveau quantitatif, il y a comme un réductionnisme de la littérature gabonaise au genre romanesque. Le roman tend de plus en plus à devenir l’aune à partir duquel s’étudie et se définie la littérature gabonaise. Et la rareté du roman en matière d’édition annuelle, fait aussitôt penser à l’inexistence de la littérature générale gabonaise. On parle de l’apparition en moyenne d’un roman par an. Cela n’est pas forcément dû à un manque de volonté politique comme on l’entend souvent. La production littéraire est une donnée bien complexe à la base de laquelle il y a l’expression du génie. Ecrire est souvent un véritable acte de courage, au sens ou il n’est pas souvent facile d’enfanter une œuvre. Car il ne suffit pas de vouloir écrire. Il faut avoir la faculté de se laisser écrire ou de laisser écrire par soi, selon le bon principe de la dévolontarisation littéraire ou de la perte de l’écrivain dans l’écriture qui s’écrit elle-même. Ou encore du bon vieux principe de l’inspiration. L’écriture n’est pas affaire de volonté mais d’inspiration. Tant qu’au niveau des têtes il n’y aura pas l’imagination de l’ailleurs ou inspiration, volonté politique, critique profane ou gratuite ne serviront à rien. Les œuvres n’adviendront qu’aux rythmes de leurs écritures et de leurs éditions. Editer un livre c’est comme chercher du travail. On peut être reçu ou recalé. Mambamkou dit des écrivains gabonais qu’ils sont paresseux, que la littérature gabonaise se résume à quelques quatre textes et le premier roman gabonais serait Au bout du silence. Acceptons cela littérairement. C’est-à-dire comme le fait que le texte de Laurent Owondo soit le premier à avoir opérer la première révolution romanesque gabonaise. Mais Histoire d’un enfant trouvé est le socle à partir duquel cette révolution a pu se faire. Le roman de Zotoumba marque, en effet le début de l’ère romanesque au Gabon. En plus qu’est-ce qu’un écrivain gabonais ? L’écrivain gabonais c’est celui-là qui a déjà commis un livre, ou celui-là qui dans le silence de sa chambre ou de sa tête se destine consciemment ou inconsciemment à le faire. A la manière de Bessora qui s’est surprise écrivaine alors que rien ne le laissait prévoir. Quantitativement, la littérature du Gabon souffre de production. Mais à son rythme elle se consolide. Elle est comme cette musique gabonaise qui ne se dit qu’à travers quatre ou cinq auteurs (Akendengue, Dabany, Ngoma, Asselé ou Nguema) mais qui pourtant se gonfle. Une chose est d’ignorer un fait. Mais l’ignorer ne l’anéantit pas pour autant.

A côté du problème quantitatif, qui n’est pas si tragique que ça, car il se résorbera de lui même dans le temps par l’augmentation de la population écrivaine, se pose le grand et inquiétant problème de la qualité littéraire des textes qui nous sont proposés. Et là nous pouvons reposer la question général du « qu’est-ce que la littérature ? » et donner une réponse dénotative : la littérature est l’usage esthétique du langage. La littérature gabonaise soulève des thématiques propres à la littérature africaine et voir générale. Le problème ce n’est pas le fait qu’on retrouve une thématique récurrente que Luc Ngowet appelle la fétichisation. La fétichisation est la réduction de la littérature gabonaise au thème de la sorcellerie et des pratiques malsaines qui vont avec. Loin de condamner cette particularité, nous dirons que la littérature gabonaise est multi directionnel, mais revient sur le thème de la fétichisation comme un bégayement. Comme toute récurrence, ce bégayement doit nous arrêter et nous amener à nous demander si ce n’est pas l’expression d’une préoccupation profonde. Dans une interview accordée au camerounais Jean Claude Awono, O’koumba Nkogue pense que les gabonais ne souffrent pas. C’est pourquoi ils n’écriraient pas. Ajoutons que ce serait certainement la raison de leur manque d’originalité. « Permettez, dit O’koumba, que je constate que dans ce pays, la vie est tellement facile que beaucoup ne voient pas la nécessité d’écrire. On n’a pas besoin d’écrire au Gabon pour vivre ». Les gabonais n’ont pas encore vécu ce trauma nécessaire à l’écriture du déracinement et de l’ailleurisation. Ils ne se sont pas encore trouvés face au « pourquoi ? » radical devant des actes de barbarisme et de déshumanisation absolus. Ils n’ont pas une conscience déchirée, disloquée et traumatisée. Là où se retrouvent ce « pourquoi ?» et ce trauma c’est au niveau justement de la fétichisation. Le mal radical au Gabon, au-delà de la pauvreté injuriante et des sécularités injustifiées et enlisantes, c’est le mal sorcier. La littérature est, au-delà de la métaphysique du langage, expression de la condition humaine, des problématiques nées de cette condition, des maux qui minent l’existence individuelle et sociale. La littérature naît du mal, et se donne les moyens de résorption de ce mal par les moyens de l’écrit afin d’influencer la sphère empirique dans l’optique de susciter les transformations radicales pour que se détruise à jamais le mal. L’écrivain gabonais prenant plume rencontre convoquée à la mine, la question du mal ontologique qui mine l’existence des gabonais. Il peut choisir de ne pas en parler ou de parler de manière allégorique comme Georges Bouchard. Mais la question du mal sorcier se donne comme le véritable crée douleur du gabonais. Ecrire pour beaucoup devient une question posée au pourquoi la sorcellerie. Ils croisent le silence. Et au bout du silence : le silence… ou le rire cynique de ce rat qui rappelle le dikundu, objet de la préoccupation du congolais Alain Mambankou dans Mémoire d’un porc-épic.

Contrairement à ce que pense O’koumba Nkogue, les gabonais souffrent. Ils souffrent matériellement, moralement et psycho-somatiquement. Alors pourquoi n’écrivent-t-ils pas une littérature de la défamiliarisation, une littérature du déchirement ? Silence… Faut-il donner un « parce que ? ». Soit. Parce qu’il leur manque le langage pour transporter leur souffrance. Ils apportent le réel dans leur art sans le laissé déstructuré par le langage. La littérature gabonaise n’est pas une problématique du langage. Elle se veut reflet ou répétition béate du réel sans travail réel du langage. Elle se veut une écriture de l’ancrage anthropologique sans perte.

Le jour ou l’écrivain gabonais acceptera de se perdre et de retrouver son chemin dans une écriture de la perte, alors il rencontrera la littérature et ne cessera plus de nous fournir des œuvres comme Au bout du silence, Le jeune officier, Tous les chemins mènent à l’Autre, L’enfant des masques, Orphée Negro ou encore 53 cm. La littérature gabonaise n’existe pas parce qu’il lui manque le langage. Il lui manque surtout le courage d’écrire à partir de rien. Ecrire à partir de rien ne signifie pas ne plus écrire sa culture ou son Gabon natal si chère, mais écrire ce Gabon et cette culture à partir de ce qui les sublime. Que viennent l’inconnu et l’imagination dans la littérature gabonaise.

 

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Commentaires (1)

1. Boniface NDONG 30/04/2015

bjrs,
je madresse spécialement a l'équipe technique aui a pu résaliser ce site sur la documentation gabonaise et son histoire culturelle. je suis étudiant en lettre a l’université omar Bongo. je constate que votre rubrique littérature ne contient que peu de programme et des œuvres actuellement qui sont peu étudier dans les lycée je vous prix de bien vouloir revoir cette rubrique afin de l'actualiser pour le bien des élèves. vous pouvez pour cela vous rapprocher des différents département de l'université ou des lycée afin d'actualiser le reste des rubriques.
je rste toute fois à votre disposition pour aide quelconque

CDT

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